{"id":261,"date":"2023-04-12T17:47:13","date_gmt":"2023-04-12T15:47:13","guid":{"rendered":"https:\/\/azote.com\/wordpress\/?page_id=261"},"modified":"2023-04-12T17:47:13","modified_gmt":"2023-04-12T15:47:13","slug":"lalambic","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/azote.com\/wordpress\/lalambic\/","title":{"rendered":"l&rsquo;alambic"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>L&rsquo;alambic ou \u00ab\u00a0distilleuse\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans la mi-temps de l&rsquo;hiver, de d\u00e9cembre \u00e0 F\u00e9vrier, l&rsquo;alambic, plus commun\u00e9ment appel\u00e9 \u00ab\u00a0distilleuse\u00a0\u00bb(1), \u00e9tait en tourn\u00e9e dans les principaux hameaux pour la production d&rsquo;eau de vie, la \u00ab\u00a0gnole\u00a0\u00bb ou la \u00ab\u00a0goutte\u00a0\u00bb en parler savoyard.<\/p>\n\n\n\n<p>Les emplacements de stationnement ou \u00ab\u00a0postes\u00a0\u00bb devaient faire l&rsquo;objet d&rsquo;une d\u00e9claration pr\u00e9alable aupr\u00e8s du service des \u00ab\u00a0Indirectes\u00a0\u00bb ou des douanes. Il fallait un point d&rsquo;eau courante \u00e0 proximit\u00e9. C&rsquo;est pourquoi la distilleuse stationnait pr\u00e8s des lavoirs communaux, d&rsquo;une fontaine ou d&rsquo;un bassin. L&rsquo;engin imposant \u00e9tait mont\u00e9 sur une remorque tract\u00e9e ou bien sur la plate-forme arri\u00e8re d&rsquo;un camion.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;alambic comportait plusieurs vases (trois ou quatre) dans lesquels on d\u00e9versait le produit \u00e0 distiller et \u00e0 l&rsquo;une des extr\u00e9mit\u00e9s, \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re ou \u00e0 l&rsquo;avant on trouvait l&rsquo;imposante chaudi\u00e8re. Le distillateur \u00e9tait g\u00e9n\u00e9ralement un entrepreneur de travaux agricoles (batteuses ou moissonneuse-batteuse l&rsquo;\u00e9t\u00e9, d\u00e9bardage de bois et distilleuse l&rsquo;hiver).<\/p>\n\n\n\n<p>A Sevrier, les plus anciens ont gard\u00e9 le souvenir de Cyril, un personnage ! Son alambic aux cuivres reluisants \u00e9tait mont\u00e9 sur la plate-forme d&rsquo;un camion \u00ab\u00a0Saurer\u00a0\u00bb qui devait dater des ann\u00e9es 1920 avec une calandre \u00e0 l&rsquo;avant du moteur aussi brillante que les cuivres de l&rsquo;alambic, sans oublier la manivelle pour le d\u00e9marrage (souvent capricieux) du moteur.<\/p>\n\n\n\n<p>(1) Distillation : op\u00e9ration par laquelle on s\u00e9pare, \u00e0 l\u2019aide de la chaleur, les \u00e9l\u00e9ments volatils d\u2019un corps d\u2019avec ses \u00e9l\u00e9ments fixes, les premiers se d\u00e9gageant sous forme de vapeurs ou de gaz, que l\u2019on recueille ensuite par condensation, et les seconds restant au fond du vase.<\/p>\n\n\n\n<p>La journ\u00e9e d\u00e9butait tr\u00e8s t\u00f4t, vers 6 h du matin, par l&rsquo;allumage de la chaudi\u00e8re avec du petit bois, puis venait ensuite le chargement du foyer avec du charbon. Oh ! il y avait quelquefois des impr\u00e9vus, Cyril \u00e9tant victime d&rsquo;une d\u00e9faillance du r\u00e9veil-matin .. ou d&rsquo;une soir\u00e9e trop arros\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque famille apportait \u00e0 tour de r\u00f4le les produits \u00e0 distiller : marc de raisin, de pommes, cerises, prunes, poires et plus rarement racines de gentiane. Les quantit\u00e9s variaient en fonction de l&rsquo;importance des exploitations ou des vergers, mais surtout en fonction du nombre de \u00ab\u00a0passes\u00a0\u00bb d\u00e9tenues par les bouilleurs de crus. Les charrettes tir\u00e9es par un cheval ou \u00e0 bras transportaient un assemblage h\u00e9t\u00e9roclite de tonneaux, seilles ou r\u00e9cipients divers contenant les produits \u00e0 distiller. Sur la plate-forme de l&rsquo;alambic, Cyril, aid\u00e9 de son ouvrier, s&rsquo;affairait au transvasement, op\u00e9ration qui consistait \u00e0 vider les vases de leur contenu d\u00e9j\u00e0 trait\u00e9 et \u00e0 les recharger, travail p\u00e9nible puisqu&rsquo;il fallait hisser les tonneaux et autres r\u00e9cipients jusqu&rsquo;au niveau sup\u00e9rieur des vases. Ces manutentions se d\u00e9roulaient dans des volutes de vapeurs et de d\u00e9gagement d&rsquo;odeurs qui chatouillaient les narines d\u00e9licates, odeurs de fruits et de marcs ferment\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une caisse-pupitre, Cyril tenait \u00e0 jour un registre o\u00f9 il notait les noms des bouilleurs de crus, les quantit\u00e9s et la nature des produits \u00e0 distiller.<\/p>\n\n\n\n<p>La qualit\u00e9 de bouilleurs de crus \u00e9tait un droit octroy\u00e9 et contr\u00f4l\u00e9 par l&rsquo;Etat.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait pour le distillateur et son client, des r\u00e8gles strictes \u00e0 respecter : obtention d&rsquo;un \u00ab\u00a0passe\u00a0\u00bb d\u00e9livr\u00e9 au Bureau de tabac pour une quantit\u00e9 en franchise \u00e0 ne pas d\u00e9passer. Au del\u00e0, l&rsquo;Etat percevait une taxe par litre d&rsquo;eau de vie produite, d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de faire en sorte de payer le moins possible ! \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>La fraude \u00e9tait s\u00e9v\u00e8rement r\u00e9prim\u00e9e par la brigade du service des douanes (ou des \u00ab\u00a0Indirectes\u00a0\u00bb), commun\u00e9ment appel\u00e9e : \u00ab\u00a0la Volante\u00a0\u00bb. Lors des contr\u00f4les op\u00e9r\u00e9s par les gabelous(2), Cyril ne perdait pas son sang-froid et par quelques man\u0153uvres de robinets et de vannes bi-passe connues de lui seul, il d\u00e9jouait la vigilance des contr\u00f4leurs.<\/p>\n\n\n\n<p>En attendant leur tour pour le chargement des vases ou l&rsquo;arriv\u00e9e au robinet de la \u00ab\u00a0gnole\u00a0\u00bb, les hommes faisaient la conversation sans oublier de d\u00e9guster une lamp\u00e9e du pr\u00e9cieux liquide pour se r\u00e9chauffer, car le froid \u00e9tait parfois tr\u00e8s vif. Ces d\u00e9gustations s&rsquo;accompagnaient de saucisses cuites \u00e0 la vapeur dans le marc et d&rsquo;un morceau de tomme (au marc bien s\u00fbr !).<\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait une chaude ambiance et pour employer un terme \u00e0 la mode, c&rsquo;\u00e9tait un moment fort de convivialit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cyril, pendant ce temps, les lunettes embu\u00e9es pos\u00e9es sur le bout du nez, les joues \u00e9carlates, dirigeait les op\u00e9rations, contr\u00f4lait le degr\u00e9 d&rsquo;alcool de la gnole qui s&rsquo;\u00e9coulait en un filet limpide et odorant dans un seau en cuivre. Le liquide \u00e9tait ensuite vers\u00e9 dans les bonbonnes en verre, prot\u00e9g\u00e9es par leur habillage en osier et \u00e9tiquet\u00e9es au nom de leur propri\u00e9taire.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces bonbonnes ne pouvaient \u00eatre emport\u00e9es qu&rsquo;en fin de journ\u00e9e et ce, pour permettre \u00e0 la \u00ab\u00a0Volante\u00a0\u00bb d&rsquo;op\u00e9rer un contr\u00f4le. Le surplus de production avait entre temps disparu \u2026 ? sans doute \u00e9vapor\u00e9 ! \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Une bonne \u00ab\u00a0gnole\u00a0\u00bb s&rsquo;obtient avec des produits de qualit\u00e9, exempts de moisissures, ferment\u00e9s \u00e0 point. Le savoir-faire du distillateur intervient \u00e9galement. Or, Cyril avec son vieil alambic bringuebalant, ne \u00ab\u00a0br\u00fblait\u00a0\u00bb pas la \u00ab\u00a0gnole\u00a0\u00bb, gr\u00e2ce \u00e0 une distillation lente et une chauffe progressive.<\/p>\n\n\n\n<p>(2) employ\u00e9s de la gabelle, administration qui percevait l&rsquo;imp\u00f4t sur le sel.<\/p>\n\n\n\n<p>Que faisait-on de toute cette eau de vie ?<br>L&rsquo;eau de \u00ab\u00a0vie\u00a0\u00bb : son appellation \u00e9tait justifi\u00e9e dans le monde rural ancien en raison des multiples utilisations qu&rsquo;on en faisait : digestif et \u00ab\u00a0remontant\u00a0\u00bb pour les petites faiblesses ou pour lutter contre le froid ; d\u00e9sinfectant et cicatrisant pour les plaies et les bosses des hommes et des animaux domestiques, insensibilisant contre les rages de dents, conservateur pour les fruits mac\u00e9r\u00e9s dans des bocaux (griottes, cerises, etc \u2026) ou encore associ\u00e9e \u00e0 certaines plantes m\u00e9dicinales ; sans oublier bien s\u00fbr le petit verre pour trinquer avec les amis de passage.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, il ne faut pas abuser du breuvage dit de \u00ab\u00a0vie\u00a0\u00bb car faute de mod\u00e9ration, c&rsquo;est la vie qui peut \u00eatre abr\u00e9g\u00e9e ! \u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Auteur de ce r\u00e9cit : Jeannot Lyonnaz, Septembre 2008<br>Transciption : Monique LAMY<br>Illustration : Andr\u00e9 PERROT<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;alambic ou \u00ab\u00a0distilleuse\u00a0\u00bb Dans la mi-temps de l&rsquo;hiver, de d\u00e9cembre \u00e0 F\u00e9vrier, l&rsquo;alambic, plus commun\u00e9ment appel\u00e9 \u00ab\u00a0distilleuse\u00a0\u00bb(1), \u00e9tait en tourn\u00e9e dans les principaux hameaux pour la production d&rsquo;eau de vie, la \u00ab\u00a0gnole\u00a0\u00bb ou la \u00ab\u00a0goutte\u00a0\u00bb en parler savoyard. 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