{"id":201,"date":"2023-04-12T16:53:07","date_gmt":"2023-04-12T14:53:07","guid":{"rendered":"https:\/\/azote.com\/wordpress\/?page_id=201"},"modified":"2023-04-12T16:53:07","modified_gmt":"2023-04-12T14:53:07","slug":"madame-fanchette","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/azote.com\/wordpress\/madame-fanchette\/","title":{"rendered":"madame Fanchette"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Comme beaucoup de ses compagnes paysannes&#8230;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je ne sais si vous avez entendu parler de Madame Fanchette. Peut-\u00eatre bien que oui, peut-\u00eatre bien que non ! \u2026 Quel que soit le cas, ce dont je suis s\u00fbr et certain et tous ceux qui l&rsquo;on connue peuvent en t\u00e9moigner, c&rsquo;est que vous ne pouvez pas en avoir entendu parler \u00ab\u00a0en mal\u00a0\u00bb. M\u00eame les langues un peu trop agiles et pointues ne s&rsquo;y hasardaient point, car Fanchette \u00e9tait tr\u00e8s aim\u00e9e et estim\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme beaucoup de ses compagnes paysannes, une vie tr\u00e8s rude, dure, pauvre, avait \u00e9t\u00e9 son lot ; depuis sa plus tendre jeunesse, une vie de labeur et de privations. Mais elle n&rsquo;en n&rsquo;\u00e9tait pas pour autant un de ces \u00eatres grognon, aussi gracieux qu&rsquo;un minet quand vous lui \u00e9crasez la queue.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas du tout ; au contraire ; elle savait taire ses propres mis\u00e8res et donner sans aucune restriction son sourire et son \u00e9ternelle bonne gr\u00e2ce. Chacun \u00e9tait heureux de la rencontrer et, m\u00eame pour des inconnus, il suffisait de quelques instants en sa compagnie pour sentir na\u00eetre sympathie et amiti\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que leur village soit situ\u00e9 sur le territoire de la ville d&rsquo;Annecy, les habitants des Puisots, dont Madame Fanchette, avaient beaucoup plus de relations avec les sevriolains, pour la plupart, paysans comme eux, qu&rsquo;avec les ann\u00e9ciens.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;ailleurs, pour ces gens des Puisots qui n&rsquo;avaient comme moyen de transport que leurs deux jambes donn\u00e9es par la nature, Sevrier \u00e9tait plus rapidement accessible qu&rsquo;Annecy, plus \u00e9loign\u00e9, puisqu&rsquo;il fallait dans les deux cas, utiliser les sentiers trac\u00e9s dans la for\u00eat.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour se ravitailler en produits indispensables et impossibles \u00e0 produire sur l&rsquo;exploitation agricole, Madame Fanchette descendait donc r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 Sevrier, o\u00f9 au chef-lieu se trouvait un \u00ab\u00a0caf\u00e9, tabac, \u00e9picerie\u00a0\u00bb : \u00ab\u00a0Chez les Barbe Noire\u00a0\u00bb ; l\u00e0, on pouvait se procurer le strict n\u00e9cessaire \u00e0 un modeste m\u00e9nage.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir achet\u00e9 sucre, sel, huile, qu&rsquo;elle fourrait dans un simple sac \u00e0 bl\u00e9, ficel\u00e9 sur un b\u00e2ton pos\u00e9 sur son \u00e9paule, Madame Fanchette, se faisait un devoir, oh ! combien agr\u00e9able, et sans doute pas \u00e9tranger \u00e0 l&rsquo;habitude de se ravitailler \u00e0 Sevrier, de rendre visite \u00e0 ses amies ; des dames de son \u00e2ge et de sa condition, qui \u00e9taient ravies de voir arriver notre brave Fanchette.<\/p>\n\n\n\n<p>Etant sur le chemin du retour qui passe par le sentier de la Croix du Cr\u00eat, Fanchette s&rsquo;arr\u00eatait donc \u00e0 la premi\u00e8re ferme, \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e du village, chez la Fine.<\/p>\n\n\n\n<p>Et, en patois bien s\u00fbr :<\/p>\n\n\n\n<ul>\n<li>\u00ab\u00a0eh, bonjour Fine, comment vas-tu ?<\/li>\n\n\n\n<li>Bonjour Fanchette et toi comment \u00e7a va.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Et vous devinez, impossible de vous narrer la conversation \u2026. Et les rhumatismes ! \u2026 et les douleurs au dos \u2026 et le mal aux jambes \u2026 et la vue qui baisse \u2026 et la m\u00e9moire qui s&rsquo;en va \u2026 et les cors aux pieds \u2026 et puis \u2026 et, malgr\u00e9 cela la bonne humeur est toujours pr\u00e9sente.<\/p>\n\n\n\n<ul>\n<li>\u2026 Entre Fanchette, viens t&rsquo;asseoir, je pr\u00e9pare le caf\u00e9,<\/li>\n\n\n\n<li>\u2026 Oh Fine, je ne veux pas te peiner, mais vois-tu, moi le caf\u00e9, de l&rsquo;eau trouble, c&rsquo;est bon pour les \u00ab\u00a0Monsieurs\u00a0\u00bb, et puis, \u00e7a me met \u00ab\u00a0la br\u00fble\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;estomac\u2026<\/li>\n\n\n\n<li>\u2026 Que veux-tu donc ? du vin ? \u2026 de la goutte ? gnole\u2026 (eau de vie)<\/li>\n\n\n\n<li>\u2026 Oh, apr\u00e8s tout, tu as raison, donne-moi un petit peu de goutte ! ..<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Mes amis, inutile de vous dire que les verres \u00e0 liqueur \u00e9taient pour ces personnes, totalement inconnus. Pour les humbles, n&rsquo;existaient \u00e0 cette \u00e9poque que les verres ordinaires..<\/p>\n\n\n\n<p>Et la Fine apportait la bouteille de goutte, les verres, posait le tout sur la table devant son amie en s&rsquo;appr\u00eatant \u00e0 verser l&rsquo;alcool.<\/p>\n\n\n\n<p>Brusquement, \u00e0 cet instant m\u00eame, Fanchette tournait le dos, faisant semblant d&rsquo;avoir d\u00e9couvert une nouveaut\u00e9. Oh ! S\u2019exclamait-elle, Fine, tu as mis de beaux rideaux, montrant du doigt la fen\u00eatre en direction oppos\u00e9e \u00e0 la table. Pas du tout r\u00e9pondait la Fine, qui, versant \u00ab\u00a0un petit peu\u00a0\u00bb de goutte n&rsquo;osait pas se montrer avare \u2026 et petit \u00e0 petit, le liquide emplissait presque le verre.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand enfin Fanchette r\u00e9primait sa position face \u00e0 la table, elle levait les bras au ciel, comme frapp\u00e9e de stupeur\u2026 Grand Dieu, est-ce possible, mais Fine, tu m&rsquo;en as trop mis ! .. Jamais je ne pourrai !\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Et Fine de dire, veux-tu que j&rsquo;en enl\u00e8ve ? \u2026 Et Fanchette de r\u00e9pondre : \u00ab\u00a0cela va te donner du travail en plus de remettre la goutte dans la bouteille, laisse je ferai un effort pour boire le tout\u00a0\u00bb. Alors Fine, si tu veux \u00eatre gentille, donne-moi du sucre.<\/p>\n\n\n\n<p>Et Fine mettait sur la table la boite de sucre. Et Fanchette trempait un premier sucre, trempait un deuxi\u00e8me sucre, un troisi\u00e8me sucre, cela tout doucement en prenant son temps, en faisant la conversation et en croquant les morceaux. Et pourquoi pas un quatri\u00e8me. Et puis, brusquement Fanchette d\u00e9couvrait que le niveau de la goutte avait fortement baiss\u00e9 dans le verre.<\/p>\n\n\n\n<p>Maintenant, la dose \u00e9tait normale. Fanchette pouvait boire sans vergogne le reste, ce que les sucres avaient bien voulu lui laisser ! \u2026 l&rsquo;honneur \u00e9tait sauf \u2026 et nos deux dames \u2026 enchant\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<ul>\n<li>merci de la goutte ! \u2026<\/li>\n\n\n\n<li>merci de ta visite ! \u2026<\/li>\n\n\n\n<li>au revoir ! \u00e0 la prochaine ! \u2026<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Et Fanchette rend visite \u00e0 sa seconde amie, L\u00e9ontine qui habite la ferme voisine.<\/p>\n\n\n\n<ul>\n<li>eh, bonjour Fanchette !<\/li>\n\n\n\n<li>eh, bonjour L\u00e9ontine,<\/li>\n\n\n\n<li>et comment \u00e7a va ? Viens, entre, assieds-toi ; veux-tu le caf\u00e9 ? \u2026<\/li>\n\n\n\n<li>non, c&rsquo;est pour les \u00ab\u00a0Monsieurs\u00a0\u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>la goutte ? \u2026<\/li>\n\n\n\n<li>et pourquoi pas, j&rsquo;accepte, mais un peu, un petit peu ! ..<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Et pendant que L\u00e9ontine approche la bouteille du verre, Fanchette s&rsquo;exclame en se retournant : \u00ab\u00a0Oh, L\u00e9ontine, tu as cir\u00e9 ton buffet ! \u2026 Comme il est beau, je suis en admiration \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Et pendant ce temps, dans le verre, la dose augmente.<\/p>\n\n\n\n<p>Et Fanchette s&rsquo;exclame \u00e9berlu\u00e9e : \u00ab\u00a0Oh, mon Dieu, est-ce vrai, mais ma bonne L\u00e9ontine, tu m&rsquo;en as trop mis ! \u2026 Enfin, pour ne pas t&rsquo;attrister, je ferai un effort, mais donne-moi du sucre.<\/p>\n\n\n\n<p>Et un morceau, deux morceaux, trois, quatre morceaux sont tremp\u00e9s dans le verre et \u2026 croqu\u00e9s. Et alors, le niveau a baiss\u00e9, la ration est normale, la ration d&rsquo;une dame \u2026 car la ration des hommes \u2026 Fanchette finit son verre, par politesse, et les deux dames se quittent, heureuses \u2026 A bient\u00f4t \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Et voici la troisi\u00e8me ferme, c&rsquo;est chez la Louise. Impossible de ne pas s&rsquo;y arr\u00eater. Si Louise apprenait que Fanchette a pass\u00e9 sans faire une visite, ce serait un scandale.<\/p>\n\n\n\n<ul>\n<li>eh bonjour Louise ! \u2026<\/li>\n\n\n\n<li>eh bonjour Fanchette ! \u2026<\/li>\n\n\n\n<li>et veux-tu du th\u00e9, du caf\u00e9 ? \u2026<\/li>\n\n\n\n<li>pas du tout, c&rsquo;est pour le \u00ab\u00a0Grand Monde\u00a0\u00bb\u2026.<\/li>\n\n\n\n<li>la goutte alors ? \u2026<\/li>\n\n\n\n<li>Oui, mais un tout petit peu \u2026<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Et de nouveau ! \u2026 Oh, Louise, tu as chang\u00e9 de place ton fourneau ? \u2026 Oh ! Grand Dieu, tu m&rsquo;en a trop mis ! \u2026 Je ferai un effort, donne-moi du sucre \u2026 Un morceau, deux, trois, quatre \u2026. Le niveau est bas, il reste au fond du verre, \u00e0 peine une gorg\u00e9e et par politesse \u2026 enfin, il semble \u2026 Fanchette termine son verre \u2026<\/p>\n\n\n\n<ul>\n<li>Merci, au revoir \u2026<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Louise est contente ; Fanchette est tr\u00e8s heureuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Et la quatri\u00e8me ferme. Ne pas saluer Euphrasie ! ce ne serait pas un scandale, mais un sacril\u00e8ge. Peut-\u00eatre la meilleure amie de Fanchette. Deux s\u0153urs jumelles je vous dis.<\/p>\n\n\n\n<ul>\n<li>bonjour Euphrasie !<\/li>\n\n\n\n<li>bonjour Fanchette ! \u2026 Entre donc. Viens t&rsquo;asseoir ; comment \u00e7a va ?<\/li>\n\n\n\n<li>et toi donc ?<\/li>\n\n\n\n<li>du vin, en veux-tu ?<\/li>\n\n\n\n<li>non ?<\/li>\n\n\n\n<li>du caf\u00e9 ?<\/li>\n\n\n\n<li>point du tout,<\/li>\n\n\n\n<li>de la goutte ?<\/li>\n\n\n\n<li>d&rsquo;accord, mais juste un petit, mais tout petit peu \u2026<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Et la bouteille, et le verre et le brusque retournement, et l\u00e0 \u2026 c&rsquo;est le plancher qui vient d&rsquo;\u00eatre lav\u00e9 \u2026 Oh ! Grand Dieu ! Quelle dose ! \u2026 et l&rsquo;effort avec l&rsquo;aide du sucre \u2026 Un, deux, trois, quatre et \u00e0 cinq, le verre est vide.<\/p>\n\n\n\n<p>Euphrasie est enchant\u00e9e et Fanchette est \u2026 tr\u00e8s, tr\u00e8s heureuse.<\/p>\n\n\n\n<p>On s&#8217;embrasse.<\/p>\n\n\n\n<p>La nuit arrive, Fanchette quittant le village du cr\u00eat s&rsquo;engage sur le sentier tr\u00e8s pentu de la Croix, son sac sur l&rsquo;\u00e9paule, pour regagner les Puisots.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce soir, elle est encore plus vaillante. Elle ne sait pourquoi, mais ses rhumatismes ont disparu, le dos ne fait plus souffrir, les jambes sont lestes, restent les cors aux pieds, les \u00ab\u00a0agassins\u00a0\u00bb qui la g\u00eanent un peu, mais elle en a l&rsquo;habitude.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand je vous dis que Fanchette \u00e9tait toujours gracieuse. Et dois-je vous dire aussi ?<\/p>\n\n\n\n<p>A quelques d\u00e9tails pr\u00e8s, cette histoire est authentique, vous pouvez me croire. \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne la tiens pas de quelques bavardages, bien s\u00fbr, que non \u2026 J&rsquo;en \u00e9tais le t\u00e9moin, quand tout enfant et \u00e9mu, j&rsquo;assistais aux retrouvailles entre Fanchette et Euphrasie \u2026 ma propre grand-m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Oh ! Pardonnez-moi, j&rsquo;allais oublier \u2026 Notre brave et regrett\u00e9e Fanchette, lorsqu&rsquo;elle est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e, et bien, elle avait \u2026 101 ans.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Auteur de ce r\u00e9cit : Henri GURRET<br>Transcription : Monique LAMY<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comme beaucoup de ses compagnes paysannes&#8230; Je ne sais si vous avez entendu parler de Madame Fanchette. 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