{"id":185,"date":"2023-04-12T16:38:44","date_gmt":"2023-04-12T14:38:44","guid":{"rendered":"https:\/\/azote.com\/wordpress\/?page_id=185"},"modified":"2023-04-12T16:38:44","modified_gmt":"2023-04-12T14:38:44","slug":"la-bamboche","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/azote.com\/wordpress\/la-bamboche\/","title":{"rendered":"la bamboche"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Coutume locale<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans les m\u00e9nages, la m\u00e9sentente entre \u00e9poux a toujours \u00e9t\u00e9 un sujet in\u00e9puisable de discussions, de palabres, d&rsquo;\u00e9tudes, de divertissement.<br>Au si\u00e8cle dernier, \u00e0 Sevrier, il \u00e9tait une coutume, peu connue aujourd&rsquo;hui, mais qui \u00e9claire la mentalit\u00e9 des gens de l&rsquo;\u00e9poque face \u00e0 ces conflits conjugaux.<br>La vie communautaire \u00e9tait tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9e et dans les hameaux, le moindre fait, le plus petit d\u00e9tail ne passaient jamais inaper\u00e7us : certains pr\u00e9tendaient m\u00eame que cette intense vie commune \u00e9tait pr\u00e9judiciable \u00e0 l&rsquo;\u00e9panouissement de la personnalit\u00e9, chacun se trouvant sous la pression du groupe.<br>La communaut\u00e9 villageoise \u00e9tait au courant de tout ! \u2026 surtout lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agissait de disputes ou de querelles entre \u00e9poux ! \u2026.<br>Et bien s\u00fbr, h\u00e9las, quand le mari \u00e9tait alcoolique, col\u00e9reux et m\u00eame violent, il arrivait que la dispute se termine par des coups, et en ces temps l\u00e0, la malheureuse \u00e9pouse n&rsquo;avait d&rsquo;autre ressource que de se r\u00e9signer dans la plupart des cas.<br>Il faut dire aussi que le plus souvent, des voisins, des personnes \u00e2g\u00e9es, surtout des femmes courageuses au caract\u00e8re bien affirm\u00e9, intervenaient \u00e9nergiquement en faveur de l&rsquo;\u00e9pouse battue, ne serait-ce qu&rsquo;en faisant la morale au fautif et en lui reprochant publiquement sa conduite.<br>Etait-ce efficace ? .. je ne sais ! \u2026 Mais c&rsquo;\u00e9tait la preuve que l&rsquo;ensemble de la population condamnait sans appel cette attitude.<br>Par contre, il arrivait plus rarement il est vrai, que lors d&rsquo;une querelle, ce soit le mari qui encaisse les coups. Alors l\u00e0, c&rsquo;\u00e9tait \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement\u00a0\u00bb avec un vrai remous dans le hameau.<br>Avec une grande rapidit\u00e9, toute la commune \u00e9tait inform\u00e9e, dans tous les d\u00e9tails, des d\u00e9tails qui avaient la f\u00e2cheuse tendance \u00e0 augmenter en nombre et en importance.<br>Ce au fur et \u00e0 mesure que l&rsquo;information se r\u00e9pandait. Trop bien au courant, on commentait simplement \u00ab\u00a0l&rsquo;affaire\u00a0\u00bb et pour finir, on ne condamnait plus la violence ; au contraire on avait plut\u00f4t envie de s&rsquo;en r\u00e9galer \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Un peu d&rsquo;animation dans le village n&rsquo;\u00e9tait pas pour d\u00e9plaire et \u00ab\u00a0l&rsquo;homme battu\u00a0\u00bb devenait :<\/p>\n\n\n\n<ul>\n<li>Victime innocente pour les uns \u2026<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Victime consentante pour les autres \u2026<br>Et pour tous, la grande vedette du moment, le H\u00e9ros !<br>Il y avait certains messieurs qui se r\u00e9jouissaient particuli\u00e8rement de la situation. C&rsquo;\u00e9tait les \u00ab\u00a0vieux gar\u00e7ons\u00a0\u00bb : les hommes d&rsquo;\u00e2ge mur qui n&rsquo;avaient plus envie ou espoir de trouver une \u00e9pouse.<br>Ces derniers n&rsquo;attendaient que cette occasion pour mettre en \u0153uvre une coutume, peu usit\u00e9e heureusement, car d\u00e9pendant du malheur d&rsquo;un mari.<br>Ces messieurs se concertaient et fixaient une date. Le jour dit, on se groupait. Quelques uns portaient une pancarte avec l&rsquo;inscription \u00ab\u00a0battu pas sa femme\u00a0\u00bb. Suivait un mannequin de paille dont la t\u00eate retombait sur la poitrine, tel un bless\u00e9 grave. Un \u00ab\u00a0vieux gar\u00e7on\u00a0\u00bb \u00e0 la langue bien pendue, genre \u00ab\u00a0camelot\u00a0\u00bb faisant office de \u00ab\u00a0Pr\u00e9sident\u00a0\u00bb du groupe, montait sur un \u00e2ne, mais en tournant le dos au sens de la marche, autrement dit, il regardait non pas la t\u00eate mais la queue de l&rsquo;animal.<br>Il se d\u00e9pla\u00e7ait donc \u00e0 reculons pour donner l&rsquo;image symbolique du monde \u00e0 l&rsquo;envers, car \u00ab\u00a0lorsqu&rsquo;une femme bat son mari, c&rsquo;est le monde qui marche \u00e0 reculons\u00a0\u00bb.<br>Et la troupe, \u00e2ne en t\u00eate, allait visiter chaque hameau. En arrivant, on battait le rappel des habitants en frappant sur de vieilles casseroles, le \u00ab\u00a0chef\u00a0\u00bb sur son \u00e2ne haranguait le bon peuple et demandait de compatir au malheur du mari battu et de concr\u00e9tiser les g\u00e9n\u00e9reux sentiments par une pi\u00e8ce de monnaie ou une bonne bouteille.<br>A ce moment, il arrivait aussi que des dames ne se cachent pas pour dire tr\u00e8s haut leur refus de s&rsquo;apitoyer sur le sort de cet homme, car en g\u00e9n\u00e9ral les coups re\u00e7us \u00e9taient beaucoup plus nombreux du c\u00f4t\u00e9 Dames que du c\u00f4t\u00e9 Messieurs ! \u2026<br>Alors quand l&rsquo;\u00e9quilibre avait tendance \u00e0 se r\u00e9tablir entre les deux, il ne fallait pas s&rsquo;en plaindre, mais bien plut\u00f4t s&rsquo;en r\u00e9jouir et sans r\u00e9serve aucune. Chacun son tour ! \u2026<br>Tous les hameaux ayant \u00e9t\u00e9 visit\u00e9s, nos \u00ab\u00a0vieux gar\u00e7ons\u00a0\u00bb se rendaient soit \u00ab\u00a0chez Collioud\u00a0\u00bb au Brouillet, soit \u00ab\u00a0chez la Cl\u00e9mentine\u00a0\u00bb \u00e0 la Combe pour faire la f\u00eate avec la cagnotte : lorsque la qu\u00eate n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 suffisamment fructueuse, chacun des participants mettait la main \u00e0 sa poche pour que la soir\u00e9e soit vraiment \u00ab\u00a0r\u00e9ussie\u00a0\u00bb.<br>Le mari battu \u00e9tait toujours invit\u00e9 au repas, discr\u00e8tement et \u2026 gracieusement, car c&rsquo;\u00e9tait lui qui, involontairement, avait donn\u00e9 aux f\u00eatards l&rsquo;occasion d&rsquo;une bonne soir\u00e9e ; et comme il avait d\u00e9j\u00e0 \u00ab\u00a0pay\u00e9 sa part\u00a0\u00bb, en supportant les coups, il n&rsquo;avait plus \u00e0 supporter les frais de la f\u00eate ! \u2026 et \u2026 sans compter \u2026 qui sait \u2026 peut-\u00eatre les coups \u00e0 venir \u2026 alors que les c\u00e9libataires eux ne couraient aucun risque sur ce plan l\u00e0.<br>Et dans la bonne humeur, on mangeait, on buvait \u2026 plus qu&rsquo;il en fallait \u2026 et on chantait \u00e0 la gloire du C\u00e9libat, \u00e0 la tra\u00eetrise des femmes et au malheur des maris \u2026<br>Tard dans la nuit, et tr\u00e8s \u00e9gay\u00e9s, les f\u00eatards accompagnaient chez lui, le mari lorsqu&rsquo;il avait pris part \u00e0 la f\u00eate, pour lui t\u00e9moigner une derni\u00e8re marque de sympathie et lui donner le courage d&rsquo;affronter le courroux de sa terrible \u00e9pouse \u2026 qui n&rsquo;avait pas d\u00fb appr\u00e9cier le tapage fait autour de cette affaire.<br>Patiemment, discr\u00e8tement, ces vieux coquins attendaient pr\u00e8s de la maison pour se rendre compte si le retour du mari ne donnait pas lieu \u00e0 une nouvelle et bruyante dispute, peut-\u00eatre m\u00eame \u2026 des coups \u2026 avec l&rsquo;espoir d&rsquo;une occasion nouvelle de faire la f\u00eate.<br>Si l&rsquo;\u00e9poux maltrait\u00e9 n&rsquo;avait pas accept\u00e9 l&rsquo;invitation, la f\u00eate se terminait de fa\u00e7on l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rente mais avec le m\u00eame but inavou\u00e9.<br>La bande des f\u00eatards allait alors en pleine nuit donner une \u00ab\u00a0aubade\u00a0\u00bb \u00e0 r\u00e9veiller un mort, sous les fen\u00eatres de la col\u00e9reuse dame pour la remercier, car involontairement, elle \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;origine de la f\u00eate, mais surtout en esp\u00e9rant et souhaitant m\u00eame, avec une parfaite hypocrisie, que d\u00e9rang\u00e9e et exc\u00e9d\u00e9e par le tapage, elle se vengerait sans tarder sur son \u00ab\u00a0malheureux mari\u00a0\u00bb .. et apporte ainsi l&rsquo;occasion r\u00eav\u00e9e d&rsquo;une nouvelle \u00ab\u00a0bamboche\u00a0\u00bb.<br>Je me suis d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 \u00e9crire sommairement cette histoire qui suit parce que dans mon enfance, je l&rsquo;ai entendue maintes et maintes fois, de la bouche de mon grand-p\u00e8re Eug\u00e8ne et de ses amis.<br>J&rsquo;\u00e9tais tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9 et surtout amus\u00e9 \u00e0 tel point qu&rsquo;il me semble regrettable que le souvenir de cette coutume se perde, d&rsquo;autant plus que cette histoire \u00e9tait cont\u00e9e avec mille d\u00e9tails par des hommes qui avaient pris part aux agapes, dont mon grand-p\u00e8re, qui \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque n&rsquo;\u00e9tait pas encore mari\u00e9.<br>Voici la querelle qui fut le point de d\u00e9part de la f\u00eate :<br>A la fin du si\u00e8cle dernier, l&rsquo;immense majorit\u00e9 de la population vivait de l&rsquo;agriculture et on essayait, au mieux, de produire tout ce qui \u00e9tait n\u00e9cessaire aux besoins de la famille. Dans les plantes sarcl\u00e9es, comme les betteraves fourrag\u00e8res, pommes de terre, l\u00e9gumes divers, on alternait, sur une m\u00eame parcelle, la culture des haricots grimpants dont la production \u00e9tait bien sup\u00e9rieure \u00e0 celle des haricots nains. Ces plantes avaient besoin de support, de rames de 3 \u00e0 4 m de long, de la grosseur du pouce et plant\u00e9es dans le sol en double rang, autour desquelles s&rsquo;enroulaient naturellement les tiges de haricots.<br>Ces cultures \u00e9taient tr\u00e8s nombreuses, chaque famille poss\u00e9dant des parcelles plant\u00e9es de cette fa\u00e7on.<br>Voil\u00e0 pour le d\u00e9cor.<br>Quant aux acteurs, les voici :<br>l&rsquo;\u00e9pouse, une dame respectable, vive, \u00e9nergique, travailleuse et qui dans le m\u00e9nage \u2026 \u00ab\u00a0portait la culotte\u00a0\u00bb,<br>l&rsquo;\u00e9poux, un homme gentil, mou, plus port\u00e9 sur les bons repas que sur le travail ; on disait de lui que c&rsquo;\u00e9tait seulement pour boire qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas ind\u00e9cis mais tr\u00e8s volontaire au contraire.<br>Un jour donc o\u00f9 il avait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s \u00ab\u00a0volontaire\u00a0\u00bb, il se trouvait dans le champ avec son \u00e9pouse pour cueillir les haricots. Il lui semblait que le sol tremblait sous ses pieds et il marchait comme si le paysage tournait autour de lui. Pour rester bien d&rsquo;aplomb, il dut se cramponner aux rames de haricots.<br>Mais celles-ci \u00e9taient-elles trop faibles ? ou notre homme s&rsquo;appuyait-il trop fort ? on ne sait \u2026, mais les rames casseront et notre h\u00e9ros se retrouva par terre au milieu des haricots. Il essaya avec mille difficult\u00e9s et sans succ\u00e8s de se remettre debout.<br>Alors la dame exc\u00e9d\u00e9e, furieuse \u00ab\u00a0aida\u00a0\u00bb tout simplement son mari \u00e0 se remettre d&rsquo;aplomb \u00e0 coups de rames \u2026 sur les fesses.<br>H\u00e9las, les t\u00e9moins \u00e9taient nombreux ! \u2026 Notre h\u00e9ros fut invit\u00e9 \u00e0 la Bamboche \u2026 et ce fut le plus heureux de tous ! \u2026<br>Quelques coups de rames de haricots sur le cul pour un repas plantureux copieusement arros\u00e9 et gratuit, ce n&rsquo;\u00e9tait pas trop cher pay\u00e9. Il \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 recommencer \u2026 si Madame voulait bien. <\/p>\n\n\n\n<p>Auteur de ce r\u00e9cit : Henri Gurret<br>Transciption : Monique LAMY<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Coutume locale Dans les m\u00e9nages, la m\u00e9sentente entre \u00e9poux a toujours \u00e9t\u00e9 un sujet in\u00e9puisable de discussions, de palabres, d&rsquo;\u00e9tudes, de divertissement.Au si\u00e8cle dernier, \u00e0 Sevrier, il \u00e9tait une coutume, peu connue aujourd&rsquo;hui, mais qui \u00e9claire la mentalit\u00e9 des gens de l&rsquo;\u00e9poque face \u00e0 ces conflits conjugaux.La vie communautaire \u00e9tait tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9e et dans les &hellip; <a href=\"http:\/\/azote.com\/wordpress\/la-bamboche\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">la bamboche<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/azote.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/185"}],"collection":[{"href":"http:\/\/azote.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/azote.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/azote.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/azote.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=185"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/azote.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/185\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":187,"href":"http:\/\/azote.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/185\/revisions\/187"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/azote.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=185"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}