{"id":169,"date":"2023-04-12T16:04:06","date_gmt":"2023-04-12T14:04:06","guid":{"rendered":"https:\/\/azote.com\/wordpress\/?page_id=169"},"modified":"2023-04-12T16:04:06","modified_gmt":"2023-04-12T14:04:06","slug":"la-visite-de-napoleon-iii","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/azote.com\/wordpress\/la-visite-de-napoleon-iii\/","title":{"rendered":"la visite de Napol\u00e9on III"},"content":{"rendered":"\n<p><em><strong>L&rsquo;Empereur Napol\u00e9on III et l&rsquo;Imp\u00e9ratrice Eug\u00e9nie sont les h\u00f4tes d&rsquo;Annecy<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Empereur Napol\u00e9on III et l&rsquo;Imp\u00e9ratrice Eug\u00e9nie sont les h\u00f4tes d&rsquo;Annecy du 29 au 31 ao\u00fbt 1860, \u00e0 l&rsquo;occasion des festivit\u00e9s pour le rattachement de la Savoie \u00e0 la France. En l&rsquo;honneur de leurs majest\u00e9s, la ville organise une f\u00eate de nuit lacustre qui marque l&rsquo;origine de la traditionnelle F\u00eate du Lac.<\/p>\n\n\n\n<p>POUR CELEBRER L&rsquo;ANNEXION DE LA FRANCE A LA SAVOIE !!!!!!!!<\/p>\n\n\n\n<p>Mes amis,<br>Vous savez tous que pour \u00e9crire l&rsquo;histoire, la vraie, l&rsquo;histoire des grandes \u00e9coles, il faut conna\u00eetre les langues mortes, parler les langues \u00e9trang\u00e8res, lire les vieux papiers, savoir chercher les nouvelles choses ; autant dire, il faut de l&rsquo;instruction, \u00eatre un savant. Et puis, quand, comme moi, on n&rsquo;a ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre, comme rien du tout, alors, c&rsquo;est tout simple ! \u2026 On ne peut pas \u00e9crire l&rsquo;histoire. Apr\u00e8s tout, \u00e7a ne fait rien ! \u2026 Il y a beaucoup d&rsquo;\u00e9crivains qui bombent le torse, qui s&rsquo;\u00e9tirent le cou, qui ont fait un tas de livres, mais souvent ils ne sont pas d&rsquo;accord les uns, les autres, ils se rongent la bouche, c&rsquo;est \u00e0 celui qui hurle le plus fort. Mais alors l\u00e0, il vaut mieux ne pas y mettre le nez.<br>Moi, je vais seulement vous dire ce que j&rsquo;ai per\u00e7u quand j&rsquo;\u00e9tais petit, tout heureux et tout content de ce que me racontaient les vieux que j&rsquo;aimais bien et que je revois encore rassembl\u00e9s le dimanche apr\u00e8s les v\u00eapres, assis sur les escaliers de la maison de mon grand p\u00e8re Eug\u00e8ne, autour d&rsquo;un grand pot tout m\u00e2chur\u00e9, plein de vin. Ils buvaient tout l&rsquo;un apr\u00e8s l&rsquo;autre dans une \u00e9cuelle en bois, aussi noire qu&rsquo;un cul de marmite (la poche des boujous) qui \u00e9tait dans le fart\u00f4t de mon grand-p\u00e8re et qui valait mieux que le blanc des yeux. Ma grand-m\u00e8re disait \u00ab\u00a0cette sacr\u00e9e \u00e9cuelle, c&rsquo;est pire que le Saint-Sacrement\u00a0\u00bb.<br>Guillerets, contents, ils parlaient beaucoup ou bien ils chantaient des chansons de notre Savoie, ou bien un cantique ! Ou pourquoi pas, des chansons qui parlaient des femmes ! Quand il y avait pas la grand-m\u00e8re !<br>Et surtout, ils revenaient sur autrefois en parlant toujours en patois : un patois de la vraie sorte qui faisait plaisir \u00e0 entendre.<br>C&rsquo;est pour \u00e7a que l&rsquo;histoire que je vais vous conter, je la connais par c\u0153ur.<br>Lever la main pour vous dire qu&rsquo;elle est vraie, je ne le ferai pas ; dire que c&rsquo;est une b\u00eatise, je ne ferai pas mieux. Peut-\u00eatre bien qu&rsquo;il y a un peu de vrai ! \u2026 Un peu arrang\u00e9 pour les conteurs ! Un petit peu des deux, c&rsquo;est peut-\u00eatre ce qu&rsquo;il faut croire ! Vous ferez comme vous voudrez !<br>Mais ici, je peux vous dire droit dans les yeux et si vous l&rsquo;exigez je ferai la croix, que je vous dis juste ce que j&rsquo;ai entendu, sans en rajouter, sans en enlever un cheveu.<br>Et bien voil\u00e0 \u2026 Depuis l&rsquo;an mille, la Savoie \u00e9tait un Etat libre et ind\u00e9pendant. \u00c7a c&rsquo;est certain, vrai de vrai tout le monde est d&rsquo;accord l\u00e0-dessus.<br>Apr\u00e8s des ann\u00e9es heureuses, tranquilles, des ann\u00e9es plus dures, des ann\u00e9es terribles, nous voil\u00e0 en 1860.<br>Les grands ma\u00eetres, les gros princes qui commandaient la Savoie et la France, ils bavardaient beaucoup en se remplissant la panse comme des maquignons \u00e0 la foire et, pour se faire bien voir, ils font demander aux savoyards :<br>\u00ab\u00a0Voulez-vous que votre pays soit rattach\u00e9\u00a0\u00bb \u00e0 la France. Il faut dire oui on non\u00a0\u00bb.<br>Et alors, quatre vingt dix sept pour cent de ceux qui ont vot\u00e9 ont dit \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb. Et c&rsquo;est comme \u00e7a que nos anc\u00eatres sont devenus fran\u00e7ais et sujets de l&rsquo;Empereur NAPOLEON III.<br>Ce grand monsieur tout guilleret et tout \u00e9moustill\u00e9 par cette votation et pour faire voir qu&rsquo;il avait bon c\u0153ur et qu&rsquo;il savait sortir ses sous un petit peu, a d\u00e9cid\u00e9 de donner \u00e0 la ville d&rsquo;Annecy, un bateau \u00e0 vapeur, la \u00ab\u00a0COURONNE DE SAVOIE\u00a0\u00bb, le premier bateau qui allait seul sur le lac gr\u00e2ce \u00e0 sa machine \u00e0 vapeur, et de venir visiter la Savoie au mois d&rsquo; ao\u00fbt.<br>Alors bien s\u00fbr, beaucoup de monde parlait de Napol\u00e9on. Il y en a qui disaient qu&rsquo;il \u00e9tait un vrai grand monsieur g\u00e9n\u00e9reux et qu&rsquo;il regardait pas trop de haut !<br>Il y en a d&rsquo;autres qui disaient qu&rsquo;un bateau \u00e0 vapeur contre toute la Savoie, ce \u00ab\u00a0bagolu\u00a0\u00bb il fait quand m\u00eame un sacr\u00e9 bon coup.<br>Mes bons amis, \u00e0 vous de dire votre avis.<\/p>\n\n\n\n<p>Et \u00e0 Annecy, il \u00e9tait venu un nouveau Pr\u00e9fet tout frais d\u00e9barqu\u00e9 de Paris. Celui-ci savait que Napol\u00e9on aimait tant les honneurs, les grandes f\u00eates, beaucoup de belles mani\u00e8res, de musiques, il avait pr\u00e9par\u00e9 des f\u00eates bien plus belles que celles de Paris. Il y avait \u00e9tonn\u00e9 toute la France.<br>Il avait pr\u00e9vu un tour du lac en bateau \u00e0 vapeur dans la nuit. Et ce Pr\u00e9fet, il savait assez qu&rsquo;il fallait contenter Napol\u00e9on, sa femme et toute la procession de courtisans qui su\u00e7aient les pattes du ma\u00eetre en faisant des g\u00e9nuflexions devant. Et puis, le Pr\u00e9fet, il voulait que toutes les communes tirent un feu d&rsquo;artifice quand le bateau passerait.<br>S\u00fbr et certain que ce serait beau avec toutes les montagnes illumin\u00e9es dans la nuit.<br>C&rsquo;est pour cette raison que notre Pr\u00e9fet avait fait venir tous les maires de la combe du lac pour leur donner des explications et leur commander de tirer beaucoup de feux d&rsquo;artifice.<br>Mais maintenant, pour mieux comprendre, il faut s&rsquo;asseoir un petit moment !<br>Je ne sais pas si vous connaissez les savoyards ? \u2026 Si vous les connaissez ! \u2026 Avez-vous trouv\u00e9 qu&rsquo;ils ont des qualit\u00e9s les savoyards ! \u2026 Peut-\u00eatre bien que oui ! \u2026 D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9 ils ont peut-\u00eatre bien quelque chose de travers !<br>Je n&rsquo;ose pas dire de d\u00e9faut, je ne peux pas regarder sur les miens ! \u2026 Vous me comprendrez il me semble ! Et puis, entre nous, des d\u00e9fauts, qui n&rsquo;en n&rsquo;a pas ? \u2026<br>Il faut tourner la feuille !<br>S\u00fbrs d&rsquo;eux les savoyards, c&rsquo;est certainement vrai ;<br>&#8211; On dit qu&rsquo;ils sont bourriques,<br>&#8211; qu&rsquo;ils savent compter les sous,<br>&#8211; qu&rsquo;ils se soutiennent tous.<br>Bourriques, il y en a qui disent que parler \u00e0 un rocher, parler \u00e0 un savoyard, c&rsquo;est tout du m\u00eame.<br>Autrefois, on \u00e9levait en Savoie, beaucoup de mulets. Le mulet est une b\u00eate solide \u00e0 l&rsquo;ouvrage, jamais malade, il n&rsquo;est pas d\u00e9sordonn\u00e9. Il peut tirer un char ou une charrue. Dans les pentes, les creux, il est d\u00e9gourdi, comme un \u00e9cureuil<br>Mais cette brave b\u00eate quand il est mal tourn\u00e9 (de mauvaise humeur), il ne bouge pas plus qu&rsquo;un ch\u00eane ; encore pire ! \u2026<br>Si tu lui dis \u00ab\u00a0avance\u00a0\u00bb, il recule ; si tu lui dis \u00ab\u00a0recule\u00a0\u00bb, il courre devant. C&rsquo;est certain, il fait le contraire de ce que tu lui commandes. Alors, si tu veux qu&rsquo;il avance, il faut lui dire \u00ab\u00a0recule\u00a0\u00bb. Si tu veux qu&rsquo;il recule il faut lui dire \u00ab\u00a0avance\u00a0\u00bb. Il para\u00eet qu&rsquo;un savoyard quand il est de mauvaise humeur, c&rsquo;est la m\u00eame chose.<br>Ou bien les langues mal tourn\u00e9es, elles disent que si les mulets sont bourriques, c&rsquo;est parce que les savoyards leur ont piss\u00e9 dessus !<br>Ils ont les pieds sur terre ! Oui ma foi, c&rsquo;est vrai \u2026 ; ils n&rsquo;ont pas la t\u00eate dans les nuages. Leurs montagnes sont en pentes raides. Travailler leurs terres ne va pas tout seul (n&rsquo;est pas facile). Malgr\u00e9 tout, ils tiennent \u00e0 leur village, \u00e0 leur terre qu&rsquo;ils aiment comme leurs yeux. Ils savent ce qu&rsquo;il en est de suer, alors \u2026. Les sous ils les comptent. Et apr\u00e8s tout, entre nous, dites tout droit \u2026 vous connaissez quelqu&rsquo;un qui crache sur les sous.<br>Ils se soutiennent tous ! Bien s\u00fbr que c&rsquo;est vrai \u2026 Autrefois, il fallait travailler tous ensemble, faner, moissonner, labourer, faire le bois, tous rassembl\u00e9s.<br>Il y a bien des villages o\u00f9 l&rsquo;on se disputait. Ils parlaient fort, ils se regardaient comme deux petits poulets, mais quand m\u00eame, s&rsquo;il y avait un malheur dans une maison, un homme, une femme, tout seul, ou qu&rsquo;un \u00ab\u00a0\u00e9tranger\u00a0\u00bb arrivait, du premier coup ils \u00e9taient tous autour.<br>Ces trois choses dites, on referme le chapitre ! \u2026 et on retourne \u00e0 la pr\u00e9fecture avec notre pr\u00e9tentieux de pr\u00e9fet qui demande aux maires du tour du lac de tirer des feux d&rsquo;artifice \u00e0 la gloire de ce grand Napol\u00e9on ! \u2026<br>Les maires \u00e9coutaient tous et quand le pr\u00e9fet eut termin\u00e9 de parler, il y en a un qui demande un petit quelque chose ! Quand je vous disais que les savoyards n&rsquo;ont pas la t\u00eate dans les nuages ! \u2026<br>\u00ab\u00a0S&rsquo;il vous plait Monsieur le Pr\u00e9fet, qui est-ce qui paie les feux d&rsquo;artifice ? \u2026<br>Monsieur le maire, vous devez inscrire cette charge sur le budget communal, ne regardez pas \u00e0 la d\u00e9pense, je veux une f\u00eate tr\u00e8s r\u00e9ussie. Toutes les communes inscriront cette d\u00e9pense sur leur budget.<br>C&rsquo;est un ordre pr\u00e9cise M. le Pr\u00e9fet.<br>Oh ! \u2026 Cr\u00e9 nom ! Et notre maire qui se met \u00e0 faire la moue, sa cr\u00eate devient rouge et son nez lui donne des d\u00e9mangeaisons.<br>Oh, qu&rsquo;il dit : \u00ab\u00a0M. le Pr\u00e9fet, sauf votre respect, chez nous quand on fait la f\u00eate, on invite pas les voisins pour les faire payer, c&rsquo;est celui qui d\u00e9cide de la f\u00eate qui \u00ab\u00a0casque\u00a0\u00bb ; et moi, dans ma commune, je n&rsquo;ai pas de sous, la toiture de la mairie est pleine de goutti\u00e8res, l&rsquo;\u00e9cole est d\u00e9labr\u00e9e, les chemins vicinaux sont d\u00e9fonc\u00e9s et mes administr\u00e9s crient ! \u2026 Les imp\u00f4ts sont trop lourds, etc \u2026 etc \u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Et M. le Pr\u00e9fet, s\u00fbr de lui, commande pire qu&rsquo;un roi, en allongeant sa corniule (son gosier), le torse bomb\u00e9 ! \u2026<br>\u00ab\u00a0Monsieur, je vous r\u00e9p\u00e8te une derni\u00e8re fois : c&rsquo;est un ordre, et si vous n&rsquo;ob\u00e9issez pas, vous serez r\u00e9voqu\u00e9 ! \u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Pauvre M. le Pr\u00e9fet ! \u2026 un ignorant qui ne conna\u00eet pas les savoyards. Quand je vous dis ! \u2026<br>Les savoyards,<br>-la t\u00eate dure comme une pierre noire ;<br>-ils tiennent les sous comme un chien qui tient un os dans sa gueule ;<br>-ils sont tout le temps d&rsquo;accord ! \u2026 pour secouer les messieurs ! \u2026<br>Et bien voil\u00e0, apr\u00e8s les hautes et sales b\u00eatises du pr\u00e9fet, tous les maires se l\u00e8vent d&rsquo;un seul coup et disent \u00ab\u00a0Monschu le Pr\u00e9fet, ce n&rsquo;est pas la peine de mettre dehors notre ami, nous on part tous. Et puis, il faut p\u00e9ter la porte et \u2026 au revoir.<br>Et M. le Pr\u00e9fet qui se dressait comme un poulet sur un tas de fumier. Il comprend trop tard qu&rsquo;il s&rsquo;est mis les doigts dans les yeux et tombe par terre sur les pierres et les pierres sont dures ! \u2026<br>Un maire m\u00e9content \u00e7a ne se voit pas, mais tous les maires du tour du lac qui tournent le cul, alors \u00e7\u00e0, c&rsquo;est une catastrophe encore pire que celles que conna\u00eet Paris pour certaines f\u00eates.<br>On ne peut plus rien changer ! \u2026<br>Notre pr\u00e9fet, le gosier tordu ne peut plus manger, plus dormir, il est tout \u00e9branl\u00e9.<br>Et ses perturbateurs de maires, je vous dis ! bourriques, aga\u00e7ants, tous d&rsquo;accord. Vous pouvez prendre un gros \u00ab\u00a0tordu\u00a0\u00bb de savoyard par le paletot et lui taper dessus \u00e0 se faire suer, vous pouvez me croire, c&rsquo;est le paletot qui sera d\u00e9chir\u00e9, mais ce bourrique ne bougera pas d&rsquo;un cheveu.<br>Et puis, vous pouvez me croire, ils sont bien contents de d\u00e9gonfler le torse de ce gros bonhomme qui se prend pour le roi de Prusse.<br>Et il n&rsquo;y en a pas un qui bouge pas plus que le Semnoz et la Tournette. Et le pr\u00e9fet qui devient tout an\u00e9mi\u00e9, il para\u00eet qu&rsquo;il a bient\u00f4t plus que la peau et les os.<br>Mais vous savez peut-\u00eatre \u2026 quand on croit que tout est perdu, il y a de bonnes gens \u00e0 la bouche ferm\u00e9e qui recollent les morceaux, tout doucement, tout doucement.<br>Et c&rsquo;est ainsi que de braves \u00e2mes ont pens\u00e9 que \u00e7a ferait moins d&rsquo;argent et calmerait la brouille en allumant des feux de Bengale \u00e0 la place de feux d&rsquo;artifice, c&rsquo;est moins cher. Oui ! disaient d&rsquo;autres, mais les feux de Bengale on les per\u00e7oit pas, ils ne p\u00e8tent pas et puis, c&rsquo;est tout petit, \u00e7a fait riquiqui, autant allumer un croezu (lampe \u00e0 huile).<br>Et il y avait un maire qui avait perdu un peu de bourriquerie qui est venu dire \u00ab\u00a0pourquoi pas faire un gros feu. Sur le Semnoz il y a assez de bois, de sapins secs, de ch\u00e2taigniers creux, des d\u00e9chets de coupe des haies, du foin moisi ?\u00a0\u00bb<br>Et puis, un troisi\u00e8me qui se sentait tout guilleret et qui parlait haut.<br>\u00ab\u00a0Il faut faire p\u00e9ter les boites, cr\u00e9 nom !\u00a0\u00bb<br>Les boites, vous connaissez ? \u2026 Non<br>Et bien, c&rsquo;est une grosse boule en fer toute ronde avec un trou ; un petit trou dessous o\u00f9 on enfile une m\u00e8che de mine et un gros trou dessus o\u00f9 on bourre de la poudre noire, des d\u00e9bris de tuiles \u00e9cras\u00e9es et du papier.<br>On porte la boite dans un champ derri\u00e8re une haie, on fait briquer une allumette, on se sauve derri\u00e8re un gros porier de m\u00f4de et \u2026. baoum ! \u00e7a p\u00e8te sec \u2026 \u00e0 faire vibrer les carreaux des fen\u00eatres de l&rsquo;Alphonsine de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la haie. Tirer les boites, c&rsquo;est tirer un coup de canon ! \u2026.<br>\u00c7a s&rsquo;est tout le temps fait comme \u00e7a !<br>Pour la vogue, pour la F\u00eate Dieu, pour la Saint-Jean, la Sainte Barbe, pour le 14 juillet.<br>Oh, vous savez des volontaires pour faire p\u00e9ter les boites, il y en avait plus d&rsquo;un.<br>Et puis, quand une boite avait p\u00e9t\u00e9, il y en a qui criaient \u00ab\u00a0Cr\u00e9 nom de D\u2026..\u00a0\u00bb vous avez vu si elle a fait du bruit ma boite ! \u2026. Et l&rsquo;autre disait \u00ab\u00a0pas vrai, tu l&rsquo;as pas bourr\u00e9e comme il faut, la mienne a p\u00e9t\u00e9 plus fort, sacr\u00e9 plaisantin\u00a0\u00bb. Entre les boites qui p\u00e9taient, les artilleurs qui se disputaient, on entendait ce rafus jusqu&rsquo;\u00e0 Th\u00f4nes et Faverges.<br>M\u00eame ceux qui \u00e9taient sourds comme un pot, ils savaient qu&rsquo;il y avait une f\u00eate.<br>Et c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;on s&rsquo;est mis d&rsquo;accord. Ceux qui voudront tirer le feu d&rsquo;artifice, le tireront, nul n&rsquo;est oblig\u00e9, mais toutes les communes feront des feux de bois et feront p\u00e9ter les boites.<br>Et pour le pr\u00e9fet, c&rsquo;\u00e9tait encore mieux que la r\u00e9surrection le matin de P\u00e2ques, il a pouss\u00e9 un soupir, on croyait que c&rsquo;\u00e9tait la bise noire qui arrivait.<br>Pour Sevrier, la f\u00eate se faisait sur les c\u00f4tes de Saint-Martin.<br>Sur les C\u00f4tes, entre le village du Cr\u00eat et de L\u00e9traz qui sont bien au-dessus du lac. Les pentes \u00e9taient toutes plant\u00e9es en vignes et au sommet du pr\u00e9 avec un petit sentier \u00e0 talon pour aller d&rsquo;un village \u00e0 l&rsquo;autre, sans barri\u00e8re.<br>Et l\u00e0, sur le plat, le maire avait dit qu&rsquo;il fallait mettre le bois, les souches, les d\u00e9chets de haie, le foin pourri, les tonneaux ab\u00eem\u00e9s.<br>Vous pouvez me croire, il y en avait un tas aussi gros que la grange \u00e0 Daude.<br>Et les pompiers avaient apport\u00e9 toutes les boites. Il y en avait plus de trois douzaines, un plein char.<br>Le maire avait fait mettre des pontets avec dessus une grosse maconnaise (tonneau) pleine jusqu&rsquo;\u00e0 la bonde.<br>Avec un gros glion ! et le vin \u00e9tait bon ! \u2026<br>Oh, les choses \u00e9taient bien faites, il y avait encore une seille et deux douzaines d&rsquo;\u00e9cuelles en bois des Baujhus.<br>Et puis les femmes avaient fait des rissoles, des bognettes, des \u00e9pognes et des matefins.<br>Bien avant l&rsquo;heure, tout le monde \u00e9tait sur le Cr\u00eat de Saint-Martin. C&rsquo;\u00e9tait tout pr\u00eat. Il manquait plus que le Napol\u00e9on avec son Eug\u00e9nie. Et puis le bateau tout neuf. Il para\u00eet que dans le grand monde, les gros personnages haut plac\u00e9s font toujours attendre les petites gens. Si ces dires sont vrais, disait S\u00e9bastien, Napol\u00e9on doit \u00eatre aussi haut que le Saint-Esprit, mais haut ou pas, entre nous, \u00e7a me casse le cul, moi j&rsquo;ai faim, l&rsquo;estomac me brasse. S&rsquo;il ne vient pas tout de suite, je retourne chez nous manger la soupe. S\u00e9bastien a raison, j&rsquo;en fait autant maugr\u00e9ait la Julie, moi de m\u00eame r\u00e9torquait la grosse Rosalie.<br>Et toute la troupe de gosses qui \u00e9taient pires que les poules dans un jardin, les plus petits g\u00e9missaient ou dormaient sur les genoux de leurs m\u00e8res.<br>Et puis ce sacr\u00e9 mal poli de Napol\u00e9on qui ne venait pas. Puisque c&rsquo;est comme \u00e7a, c&rsquo;est assez a dit M. le Maire, on va nous aussi faire bombance.<br>Hourra ! \u2026 Vive M. le Maire. Alors, on a sorti des paniers, les matefins, les rissoles, les bognettes ; les femmes n&rsquo;\u00e9taient plus ma\u00eetre de toute cette troupe. Comme les poules quand on leur jette du petit bl\u00e9 dans la cour. \u00ab\u00a0Sale bottecul\u00a0\u00bb maugr\u00e9ait la Fran\u00e7oise apr\u00e8s un d\u00e9gourdi de gamin qui avait pris les rissoles d&rsquo;un coup. Si tu reviens, je te fiche une racl\u00e9e ! \u2026<br>Et les pompiers ont enlev\u00e9 le bouchon du tonneau. Il fallait voir si \u00e7a pissait dru, tout droit dans la seille. \u00ab\u00a0Attention, disait le sergent-major, faut pas y faire verser\u00a0\u00bb. Il n&rsquo;y avait pas de risque, ils \u00e9taient une douzaine avec une \u00e9cuelle \u00e0 pomper dans la seille, plus vite que pissait le bouchon.<br>Et le \u00ab\u00a0Poupou\u00a0\u00bb disait \u00ab\u00a0Cr\u00e9 nom, du bon vin comme \u00e7a, on serait tous damn\u00e9s de le laisser perdre ! \u2026 Il faut boire, je n&rsquo;ai pas envie d&rsquo;aller en enfer.<br>On a bien mang\u00e9, bien bu, on est content ; il y en a qui chantent, il y en a qui rient, il y en a qui dansent.<br>Et \u00e0 force de chanter, \u00e7a donne soif \u2026 on boit un coup \u2026 et apr\u00e8s boire \u2026 on a envie de chanter. Maintenant, il y a la maconnaise qui sonne le vide.<br>Tout d&rsquo;un coup, il y en a un qui crie ! \u2026 Regarde le bateau il arrive, il est bient\u00f4t en face de nous. Personne ne l&rsquo;avait vu, ils \u00e9taient trop contents \u00e0 manger, \u00e0 boire, \u00e0 chanter et \u00e0 danser. Vite, vite, Cr\u00e9 nom, hurlait le maire, faut allumer tout de suite ! Capitaine, les bo\u00eetes sont pr\u00eates \u2026 Garde \u00e0 vous ! Feu !<br>Ah ! mes pauvres enfants ! \u2026. Fallait voir ! Les boites qui p\u00e9taient tant qu&rsquo;elles faisaient trembler les c\u00f4tes de Saint-Martin. Attention criait la Fine (Jos\u00e9phine) allez doucement, le Semnoz va s&rsquo;\u00e9crouler dans le lac et le bateau tout neuf sera \u00e9crabouill\u00e9 et la Genie (Eug\u00e9nie) et Napol\u00e9on avec !<br>Aux quatre coins les hommes avaient allum\u00e9 le feu ; Ah ! \u2026 Il fallait voir ce raillis, vite on devait se tirer de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, \u00e7a chauffait pire que l&rsquo;enfer. Grands dieux de la haut ! criait le Justin et les pontets et la maconnaise, il y a encore du vin dedans !<br>Le feu qui montait plus haut que Chantemerle, tout droit la-haut.<br>Et le P\u00e8re MOUCHET qui a mal aux jambes disait \u00ab\u00a0si Saint Pierre regarde depuis la-haut, il a d\u00fb courir aussi vite qu&rsquo;un li\u00e8vre qui a un chien au cul pour ne pas se faire griller les doigts de pieds !\u00a0\u00bb.<br>Les pompiers suaient \u00e0 grosses gouttes, les boites p\u00e9taient. Ce \u00ab\u00a0pas press\u00e9\u00a0\u00bb de Napol\u00e9on s&rsquo;\u00e9tait fait attendre. Tant pis, maintenant on tapait des mains. Vive Napol\u00e9on et vive l&rsquo;Eug\u00e9nie ! \u2026 Apr\u00e8s un bon moment, le feu baissait, il \u00e9tait bient\u00f4t mort. Les pompiers \u00e9taient harass\u00e9s ; le bateau bien loin devant Saint-Jorioz, la nuit noire arrivait, on pouvait aller dormir.<br>Et tout le monde \u00e9tait content, m\u00eame la Julie des sabots, la vieille ronchon marmonnait la chanson \u00ab\u00a0La Marie sur un pommier\u00a0\u00bb.<br>Dans les derni\u00e8res boites, il y en a une qui n&rsquo;avait pas p\u00e9t\u00e9. Attention, on peut pas la rentrer dans le hangar des pompes encore charg\u00e9e, il faut enlever la poudre ! \u2026<br>Et Joseph, pour cette nuit, il \u00e9tait frais, nerveux, il tr\u00e9pignait, il avait vid\u00e9 plus d&rsquo;une fois les \u00e9cuelles. \u00ab\u00a0Je vais faire sauter cette sale boite\u00a0\u00bb. Il s&rsquo;est mis \u00e0 plat ventre, il s&rsquo;approche tout doucement comme un orvet et il enfile dans le trou une cigarette allum\u00e9e.<br>C&rsquo;\u00e9tait bon ! \u2026 Cr\u00e9 nom ! \u00c7a a p\u00e9t\u00e9, le coup est parti et le k\u00e9pi de Joseph aussi ! Il est mont\u00e9 tout droit, aussi haut qu&rsquo;on ne le voyait plus. Ils \u00e9taient l\u00e0 \u00e0 se tordre le cou \u00e0 attendre que le k\u00e9pi redescende, mais apr\u00e8s un bon moment, rien ne revenait. Le P\u00e8re MOUCHET disait \u00ab\u00a0Vous avez chauff\u00e9 les doigts de pied de Saint-Pierre, s\u00fbr qu&rsquo;il a mis le k\u00e9pi dans sa poche\u00a0\u00bb et puis l&rsquo;Augustin il \u00e9tait s\u00fbr qu&rsquo;avec la bise, le k\u00e9pi a d\u00fb tomber \u00e0 Saint-Jorioz et avec les Saint-Joriens, ces \u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026.. pour le r\u00e9cup\u00e9rer, vous pouvez toujours courir ! ..<br>Le feu \u00e9tait mort, il faisait nuit noire ! Apr\u00e8s tout \u2026 on ne peut plus rien voir, on reviendra demain quand on verra clair. On part !<br>Et Joseph, il est toujours couch\u00e9 le nez contre terre \u2026 \u00ab\u00a0Eh Joseph vient, Joseph ! Allez Joseph ! Cr\u00e9 nom il dort. La Franceline ronnait ! \u2026 Je l&rsquo;ai assez vu, ce goulu, il s&rsquo;est enfil\u00e9 un d\u00e9calitre. Et Joseph ne bougeait pas plus qu&rsquo;un arbre abattu. Le Sergent s&rsquo;est mis \u00e0 hurler \u00ab\u00a0Nom de D\u2026. garde \u00e0 vous Joseph !\u00a0\u00bb<br>L&rsquo;arbre (Joseph) ne bougeait pas d&rsquo;un pouce. Alors, il y en a un qui est all\u00e9 le secouer et le retourner comme un tonneau. Oh ! \u2026 Cr\u00e9 nom, grand Dieu de la-haut, J\u00e9sus, Marie, Joseph ! \u2026 Est-ce vrai, est-ce possible ! Oh ! Malheur ! Joseph qui \u00e9tait mort.<br>La t\u00eate toute marqu\u00e9e, toute \u00e9cras\u00e9e. Il y avait le front qui \u00e9tait partag\u00e9 par le milieu. Il saignait pire qu&rsquo;un cochon sur l&rsquo;\u00e9chelle.<br>Pauvre Joseph, il est foutu. Tout le monde est constern\u00e9 ; des femmes pleurent, il y en a qui crient. Il y a des hommes qui ont les jambes qui tremblent, d&rsquo;autres qui hurlent. \u00ab\u00a0C&rsquo;est la faute \u00e0 ce sale Napol\u00e9on, il n&rsquo;a qu&rsquo;\u00e0 rester \u00e0 Paris ! \u2026<br>Pauvre Joseph ! qui est mort en service command\u00e9.<br>Maintenant, il faut raccommoder le nez \u00e0 Joseph.<br>Apporte une grosse bouteille de gnole dit Jean-Marie ; il met son doigt au bout de la bouteille, il fait pisser tout doucement la gnole sur le nez \u00e0 Joseph. Tout d&rsquo;un coup, Joseph se redresse tout droit et crie : \u00ab\u00a0Nom de Dieu, de Bon Dieu, arr\u00eate, tu es vraiment fou, \u00e7a me fait un mal de chien ; il vaut mieux faire pisser la gnole dans le gosier, non ! ..<br>Vous ne me croirez pas ! Vrai ! C&rsquo;est comme \u00e7a que Joseph est revenu sur terre ! \u2026 Et les femmes qui disaient leur chapelet pour faire ressusciter Joseph, elles priaient encore plus pour demander pardon au Bon Dieu pour ce si vilain et sale juron qu&rsquo;il venait de faire<br>Et toutes les fois que Jean-Marie piquait le nez pour coudre la peau, Joseph g\u00e9missait et se secouait. Et pour le calmer, \u00e0 chaque coup d&rsquo;aiguille, un coup de gnole ! Quand Jean-Marie eut termin\u00e9 de coudre, Joseph dormait comme un blaireau dans son terrier. Il a tant dormi que le lendemain soir il s&rsquo;est juste lev\u00e9 pour manger la soupe. Il \u00e9tait tout \u00e9moustill\u00e9 et tout frais ! \u2026<br>Il faut dire que le nez \u00e0 Joseph, c&rsquo;\u00e9tait un bon morceau, un vrai bout de bois tordu, tout noir. Les cicatrices ne se voyaient pas trop, mais m\u00eame un mal voyant aurait vu que le nez \u00e9tait tordu.<br>Mais, notre Joseph, brave et vieux gar\u00e7on disait \u00ab\u00a0mieux vaut un nez mal tourn\u00e9 que pas de nez du tout\u00a0\u00bb.<br>Et puis, il y a assez de gros messieurs qui se font briller le torse avec des m\u00e9dailles pas souvent gagn\u00e9es. Et bien, Joseph avec son nez, il montrait sans ronner qu&rsquo;il \u00e9tait un d\u00e9vou\u00e9, courageux et bon pompier.<br>Et puis, il ne voulait plus supporter les dames avec les femmes, il faut faire doucement. Elles sont comme les araign\u00e9es. Elles vous emm\u00ealent dans leur toile et quand vous y voyez, il est trop tard, vous voici coinc\u00e9.<br>Le Conseil municipal, le maire, les pompiers avaient remu\u00e9 toute la commune, mais rien, ce farfelu de k\u00e9pi avait disparu. Etait-il dans le lac, la-haut chez Saint-Pierre ou \u00e0 Saint-Jorioz, c&rsquo;\u00e9tait tout du m\u00eame, il \u00e9tait foutu.<br>Et M. le maire faisait la moue. Encore des sous fichus pour s&rsquo;acheter un k\u00e9pi neuf. Un pompier sans k\u00e9pi, autant un chien avec trois pattes !\u2026<br>Tout d&rsquo;un coup, un conseiller a dit : \u00ab\u00a0mais il y a deux ou trois ans Gustin est mort, sa moiti\u00e9 a t&rsquo;elle rendu la veste de l&rsquo;oncle ?\u00a0\u00bb Oh ! il faut aller voir la Gustine, sa ni\u00e8ce. Elle doit \u00eatre dans la chambre de Gustin. On regarde dans la garde-robe, on remue dans la commode et dans les tiroirs, sous les vieux draps, il y a le complet de pompier et le k\u00e9pi. Le k\u00e9pi est tout \u00e9cras\u00e9, aussi plat qu&rsquo;un matefin.<br>On le porte \u00e0 la Marcelle, la couturi\u00e8re. Donnez seulement, je vais d&rsquo;abord le refaire et un bon coup de fer \u00e0 repasser et voil\u00e0 le k\u00e9pi remis \u00e0 neuf.<br>Le maire a perdu sa moue. Il \u00e9tait content \u00ab\u00a0Vous \u00eates une brave demoiselle, Marcelle, une bonne femme\u00a0\u00bb. S&rsquo;il osait, le maire tout heureux, il embrasserait cette vieille fille, mais on sait pas, il vaut mieux pas se serrer de trop pr\u00e8s.<br>Le maire va chez Joseph avec le k\u00e9pi arrang\u00e9, tout neuf. Joseph vient par ici ! et il pose le k\u00e9pi sur la t\u00eate de Joseph.<br>Le maire \u00e9tait un homme qui savait parler comme il faut, une grosse \u00e9ducation, c&rsquo;\u00e9tait pas un charretier et pourtant il crie d&rsquo;un coup \u00ab\u00a0Nom de Dieu, c&rsquo;est-il possible, encore une merde !\u00a0\u00bb.<br>Oui, ma foi, quand Joseph a le k\u00e9pi sur la t\u00eate on ne lui voit plus les yeux ni le nez.<br>La t\u00eate de Joseph est trop petite. \u00ab\u00a0Vous avez vu, un gros nez dans une petite t\u00eate\u00a0\u00bb. Le pauvre maire il est aussi contrari\u00e9 qu&rsquo;un chat quand on lui \u00e9crase la queue.<br>Ils me cassent le cul, le Pr\u00e9fet, Napol\u00e9on, l&rsquo;Eug\u00e9nie, le bateau ! Rien \u00e0 faire, pas un sou de plus de la commune pour ses emmerdeurs. Alors, le maire prends des vieux papiers qu&rsquo;il bourre au fond du k\u00e9pi.<br>Garde \u00e0 vous ! \u2026<br>Joseph se tient tout droit, la t\u00eate raide, le maire pose le k\u00e9pi comme il faut sur la t\u00eate et par-dessus une grosse tape, \u00e0 \u00e9craser la t\u00eate d&rsquo;un b\u0153uf.<br>Repos ! \u2026.<br>Et maintenant, \u00e7a va. Les yeux, le nez de Joseph sont d\u00e9gag\u00e9s.<br>M. le maire qui soupire, soulag\u00e9 et Joseph aussi dru et fier qu&rsquo;un poulet. Et ces emmerdements, c&rsquo;est fini ! Enfin.<br>Pourtant entre nous, tout doucement, tout doucement, il faudra rien \u00e0 redire ! Faut savoir ! \u2026<br>Le jour de la vogue, toute la compagnie de pompiers d\u00e9filait dans la cour de la mairie, devant M. le maire avec son \u00e9charpe et le conseil municipal et clairon, tambour en t\u00eate, au pas cadenc\u00e9 une deux, une deux ! \u2026<br>Et bien Joseph, le pauvre homme, il ne pouvait pas balancer les deux bras. Comme veut le r\u00e8glement. Il faisait aller rien qu&rsquo;un bras parce que de l&rsquo;autre main, il tenait son k\u00e9pi pour pas que la bise l&#8217;emporte \u2026. A Saint-Jorioz.<br>Quand tout petit, j&rsquo;\u00e9coutais tout content les vieux conter cette com\u00e9die, je ne me suis jamais demand\u00e9 si c&rsquo;\u00e9tait vrai ou non, c&rsquo;\u00e9tait s\u00fbr ! \u2026 Les vieux ne faisaient pas de menteries.<br>Plus grand, je comprenais assez que mon grand p\u00e8re et ses amis avaient entortill\u00e9 comme il faut l&rsquo;histoire de Napol\u00e9on.<br>Et quand ma t\u00eate \u00e9tait devenue toute blanche (les vieux \u00e9taient tous morts) et que je pouvais remuer tous les vieux papiers de la mairie, tout d&rsquo;un coup sans chercher, j&rsquo;ai trouv\u00e9 un papier officiel qui \u00e9tait la preuve toute vraie que le Pr\u00e9fet et le maire s&rsquo;\u00e9taient mordu le nez.<br>Alors ! l&rsquo;histoire de mon grand-p\u00e8re !<br>Vraie, pas vraie .<br>Une moiti\u00e9 de chaque c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Auteur de ce r\u00e9cit : Henri GURRET<br>Transciption : Monique LAMY<br>Illustration : Andr\u00e9 PERROT<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;Empereur Napol\u00e9on III et l&rsquo;Imp\u00e9ratrice Eug\u00e9nie sont les h\u00f4tes d&rsquo;Annecy L&rsquo;Empereur Napol\u00e9on III et l&rsquo;Imp\u00e9ratrice Eug\u00e9nie sont les h\u00f4tes d&rsquo;Annecy du 29 au 31 ao\u00fbt 1860, \u00e0 l&rsquo;occasion des festivit\u00e9s pour le rattachement de la Savoie \u00e0 la France. 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