{"id":166,"date":"2023-04-12T16:01:09","date_gmt":"2023-04-12T14:01:09","guid":{"rendered":"https:\/\/azote.com\/wordpress\/?page_id=166"},"modified":"2023-04-12T16:01:09","modified_gmt":"2023-04-12T14:01:09","slug":"nique-a-vianney","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/azote.com\/wordpress\/nique-a-vianney\/","title":{"rendered":"Nique \u00e0 Vianney"},"content":{"rendered":"\n<p>Ou l&rsquo;histoire d&rsquo;un preux guerrier \u00e9gar\u00e9 dans notre si\u00e8cle\u2026\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XX\u00e8 si\u00e8cle , vivait aux Choseaux , dans une ancienne ferme , un curieux \u00a0\u00bb illumin\u00e9 \u00a0\u00bb qui prenait ses r\u00eaves pour des r\u00e9alit\u00e9s . Sans forfanterie aucune , anim\u00e9 seulement d&rsquo;une charmante na\u00efvet\u00e9 , il racontait \u00e0 qui voulait l&rsquo;entendre les mille et un exploits qui avaient d\u00e9j\u00e0 jalonn\u00e9 son existence . Et le public , mi goguenard , mi attendri , en r\u00e9clamait toujours davantage, bienheureux d&rsquo;\u00e9couter ces r\u00e9cits \u00e9piques , en un temps avare en distractions o\u00f9 ni radio ni t\u00e9l\u00e9 ne d\u00e9tournait les esprits du quotidien souvent morose . C&rsquo;\u00e9tait le plus souvent le dimanche apr\u00e8s la Messe qu&rsquo;officiait le r\u00e9citant , attabl\u00e9 comme la plupart des hommes autour de quelques verres de vin blanc , au bistrot \u00a0\u00bb Chez Barbe noire \u00ab\u00a0, situ\u00e9 au centre de Sevrier .<\/p>\n\n\n\n<p>Le rituel se r\u00e9p\u00e9tait immuablement , quelqu&rsquo;un h\u00e9lait notre brave homme : \u00a0\u00bb H\u00e9 ! Le Nique ! Tu nous racontes comment c&rsquo;\u00e9tait quand tu \u00e9tais employ\u00e9 \u00e0 la ferme ? \u00a0\u00bb Et cette invite suffisait \u00e0 enclencher le moulin \u00e0 paroles ! Quel enthousiasme dans la description des faits ! Quelle conviction dans la progression du r\u00e9cit ! Sans conteste on s&rsquo;y croyait ! Et on admirait le \u00a0\u00bb Nique \u00e0 Vianney \u00a0\u00bb , dont le troupeau n&rsquo;avait rien \u00e0 envier \u00e0 celui de Gargantua , s&rsquo;avan\u00e7ant hardiment parmi ses milliers de vaches. Et ses b\u00eates \u00e9taient si somptueuses , si plantureuses , qu&rsquo;au moment de les traire , aucun seau n&rsquo;\u00e9tait assez grand pour en recueillir le lait . C&rsquo;est pourquoi , Le Nique avait \u00e9t\u00e9 contraint d&rsquo;imaginer et de construire une bassin gigantesque , destin\u00e9 \u00e0 r\u00e9colter chaque jour le pr\u00e9cieux liquide ! D&rsquo;ailleurs , l&rsquo;ing\u00e9nieux homme avait \u00e9galement pourvu le d\u00e9cid\u00e9ment chanceux \u00e9tablissement qui l&#8217;employait de rien moins qu&rsquo;un \u00e9norme bateau dont les roues \u00e0 aubes brassaient quotidiennement le lait pour battre le beurre ! \u00a0\u00bb Quel dommage que tu n&rsquo;aies plus l&rsquo;\u00e2ge de travailler , Nique ! s&rsquo;exclamaient les paysans , je t&rsquo;aurais volontiers engag\u00e9 , m\u00eame seulement un jour par semaine ! Voire , un jour par mois !<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00bb Pour s\u00fbr ! j&rsquo;en abattais de l&rsquo;ouvrage ! Et je ne m\u00e9nageais pas ma peine ! \u00a0\u00bb r\u00e9pliquait notre h\u00e9ros , qui repartait de plus belle , dans un de ses r\u00e9cits hom\u00e9riques . \u00a0\u00bb Le reste du jour \u00e9tait occup\u00e9 \u00e0 fumer le champ : du bien beau fumier , celui de mes vaches , celui de mon cheval , celui de ma mule \u2026 Rien n&rsquo;\u00e9tait trop beau pour enrichir la terre, celle qui servait \u00e0 faire pousser les \u00a0\u00bb bondances \u00a0\u00bb &#8211; \u00e0 ce moment du r\u00e9cit , il faut interrompre quelques instants le bavard pour expliquer au lecteur non initi\u00e9 les coutumes pastorales de l&rsquo;\u00e9poque : il s&rsquo;agit l\u00e0 de betteraves fourrag\u00e8res destin\u00e9es \u00e0 nourrir les vaches l&rsquo;hiver . Paissant l&rsquo;herbe des pr\u00e9s l&rsquo;\u00e9t\u00e9 , les troupeaux mangeaient les \u00a0\u00bb fanes \u00a0\u00bb de ces betteraves qui enrichissaient leur alimentation l&rsquo;automne venu et les \u00a0\u00bb bondances \u00a0\u00bb , \u00e9taient r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 l&rsquo;hiver . Ces racines , pass\u00e9es dans un gros hachoir , \u00e9taient coup\u00e9es en lamelles fines pour \u00eatre longuement rumin\u00e9es par les b\u00eates . &#8211; \u00a0\u00bb Mais attention ! poursuivait avec conviction le conteur , gr\u00e2ce \u00e0 mon fameux fumier , mes vaches b\u00e9n\u00e9ficiaient des plus belles \u00a0\u00bb bondances \u00a0\u00bb jamais r\u00e9colt\u00e9es \u00e0 vingt lieues \u00e0 la ronde ! Tellement belles , d&rsquo;ailleurs , devenues tellement grosses , qu&rsquo;il \u00e9tait impossible de les r\u00e9colter \u00e0 la main ! J&rsquo;\u00e9tais oblig\u00e9 de les tailler sur pied , \u00e0 la hache , comme des arbres! Pour s\u00fbr , qu&rsquo;elles \u00e9taient bien nourries , mes b\u00eates !\u00a0\u00bb s&rsquo;exclamait , convaincu , notre Tartarin .<\/p>\n\n\n\n<p>Et l&rsquo;auditoire applaudissait ! et on trinquait \u00a0\u00bb \u00e0 la sant\u00e9 du Nique ! \u00a0\u00bb , et on r\u00e9clamait d&rsquo;autres aventures extraordinaires ! \u00a0\u00bb Raconte-nous , Nique , comment c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 la grande guerre\u2026 \u00a0\u00bb Eh oui , car \u00a0\u00bb Le Nique \u00e0 Vianney \u00a0\u00bb \u00e9tait parti comme les autres , dans les tranch\u00e9es . C&rsquo;est loin , Verdun , et pourtant , l\u00e0-bas aussi Le Nique avait v\u00e9cu des exploits peu ordinaires . Un jour , par exemple , tandis que le canon r\u00e9sonnait dans le lointain , les Poilus fatigu\u00e9s go\u00fbtaient un repos bien m\u00e9rit\u00e9 , savourant comme un bienfait leur maigre soupe chaude . H\u00e9las , la bataille faisait rage , et l&rsquo;ennemi peu respectueux du repos des guerriers , lan\u00e7a un obus qui \u00e9clata exactement l\u00e0 o\u00f9 \u00e9tait assis notre soldat ! Celui &#8211; ci fut \u00e9videmment projet\u00e9 en l&rsquo;air comme f\u00e9tu de paille\u2026Pourtant , non seulement il ne fut pas bless\u00e9 , mais quand , l&rsquo;\u00e9lan achev\u00e9 , \u00a0\u00bb Le Nique Poilu \u00a0\u00bb redescendit sur terre, la soupe toujours chaude!, exactement au m\u00eame endroit. Il retrouva ses camarades , et ils attendirent les autres attaques de l&rsquo;ennemi \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Plus tard , quand il fut de retour dans sa commune, on appela Le Nique \u00e0 Vianney \u00e0 la rescousse , un jour que les employ\u00e9s de la SNCF \u00e9taient bien embarrass\u00e9s : la locomotive , \u00e0 l&rsquo;avant d&rsquo;une trentaine de wagons lourdement charg\u00e9s , \u00e9tait incapable de repartir apr\u00e8s l&rsquo;arr\u00eat \u00e0 la gare de Sevrier , elle patinait dans la mont\u00e9e \u2026 Qu&rsquo;\u00e0 cela ne tienne , Zorro est arriv\u00e9 ! Le Nique , avec sa seule mule , qu&rsquo;il attacha devant le monstrueux engin , se mit \u00e0 tirer et \u2026 la locomotive et les trente wagons ob\u00e9irent sans h\u00e9siter \u00e0 notre solide concitoyen !<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait qualifier d&rsquo;\u00e9pop\u00e9e la vie extraordinaire de cet homme apparemment si ordinaire ! C&rsquo;est pourquoi les rendez-vous hebdomadaires \u00a0\u00bb post offices religieux \u00a0\u00bb \u00e9taient encore plus appr\u00e9ci\u00e9s par les sevriolains , le dimanche , que les sermons de Monsieur le Cur\u00e9 !<\/p>\n\n\n\n<p>Auteur de ce r\u00e9cit : Henri GURRET<br>Transciption : Monique LAMY<br>Illustration : Andr\u00e9 PERROT<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ou l&rsquo;histoire d&rsquo;un preux guerrier \u00e9gar\u00e9 dans notre si\u00e8cle\u2026\u00a0 Pendant la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XX\u00e8 si\u00e8cle , vivait aux Choseaux , dans une ancienne ferme , un curieux \u00a0\u00bb illumin\u00e9 \u00a0\u00bb qui prenait ses r\u00eaves pour des r\u00e9alit\u00e9s . 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